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IA en direction financière : et si on commençait par le problème ?

  • Photo du rédacteur: Stéphanie Marie
    Stéphanie Marie
  • 21 août
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : 27 août

ia daf

Agents IA, copilotes, modèles prédictifs, automatisation… Les possibilités offertes par l’IA dans les directions financières se multiplient. Avec elles, une question revient de plus en plus souvent chez les DAF : « Où pourrions-nous utiliser l’IA dans notre société ? »


La question est légitime. Mais elle peut aussi nous entraîner dans le mauvais sens.

Car une technologie disponible n’est pas nécessairement une technologie dont on a besoin.

Et si, avant de chercher des cas d’usage de l’IA en Finance, il fallait commencer par une question beaucoup plus simple : « Quel problème avons-nous réellement besoin de résoudre ? »


IA en direction financière : de l’adoption à la création de valeur


L’intelligence artificielle est déjà largement entrée dans les entreprises, et les directions financières n’échappent pas à cette dynamique.

Mais entre adoption et création de valeur, l’écart reste important. Selon Gartner (2026), seules 19 % des entreprises déclarent aujourd’hui tirer des bénéfices significatifs de l’IA.

Ce chiffre met en lumière un enjeu désormais central : il ne suffit plus de multiplier les initiatives ou les cas d’usage. Encore faut-il savoir où l’IA peut réellement créer de la valeur.


Lorsqu’une technologie devient aussi visible, la tentation est de partir de la solution : générer des commentaires de gestion, analyser des écarts, interroger les données en langage naturel, détecter des anomalies, améliorer les prévisions… Tous ces cas d’usage peuvent être pertinents.

Mais ils ne disent pas encore quel problème mérite réellement d’être résolu.


Un reporting financier lent n’est pas forcément un problème d’IA


Prenons un exemple fréquent.

Le reporting mensuel demande quatre jours de travail à l’équipe Finance. Pourquoi ?

Parce que les contrôleurs de gestion récupèrent manuellement des fichiers ? Parce que les données du CRM et de l’ERP ne sont pas alignées ? Parce que certains retraitements sont encore effectués sous Excel ? Ou parce que l’analyse des écarts nécessite réellement beaucoup de travail ?

Ces situations produisent le même symptôme, un reporting trop lent, mais elles n’appellent pas la même réponse.

Le problème peut venir de la qualité des données, d’un processus mal conçu, d’outils insuffisamment connectés ou d’un manque d’automatisation.

Dans d’autres situations, l’intelligence artificielle peut effectivement apporter une valeur importante.

Mettre de l’IA au-dessus d’un processus mal conçu peut le rendre plus moderne. Pas nécessairement meilleur.


Quels problèmes Finance peuvent réellement être résolus par l’IA ?


Avant de sélectionner une technologie, il est utile de qualifier la nature du problème. Pour une direction financière, on peut distinguer cinq grandes familles.


1. Une tâche répétitive fondée sur des règles stables


Rapprochements, contrôles simples, collecte de fichiers, transferts de données, relances…

Une automatisation classique, un workflow ou une meilleure intégration entre systèmes peut être plus pertinente que l’IA.

L’enjeu n’est pas d’utiliser la technologie la plus avancée, mais la plus adaptée au problème.


2. Des données fragmentées ou peu fiables


L’IA ne corrigera pas des référentiels incohérents ou des données insuffisamment structurées.

Elle risque même d’accélérer la production d’analyses reposant sur de mauvaises fondations.

Dans ce cas, le premier chantier concerne la donnée, pas l’IA.


3. Un besoin de détecter ou de prévoir


Prévision de trésorerie, détection d’anomalies, anticipation des retards de paiement, identification d’écarts inhabituels…

Ici, l’enjeu consiste à exploiter les données disponibles pour identifier des signaux, détecter des comportements atypiques ou anticiper une évolution. L’IA peut apporter une réelle valeur, à condition de disposer de données suffisamment fiables et pertinentes.


4. De grandes quantités d’informations non structurées


Contrats, procédures, normes, factures, commentaires de gestion, documents internes…

L’IA générative devient ici particulièrement intéressante pour rechercher, synthétiser, classer ou extraire des informations difficiles à exploiter avec des outils traditionnels.


5. Plusieurs actions à enchaîner


Collecter une information, la contrôler, identifier une exception, demander un complément puis mettre à jour un système.

C’est notamment sur ce terrain que les agents IA en Finance ouvrent de nouvelles perspectives : non plus seulement produire une réponse, mais orchestrer plusieurs actions pour atteindre un objectif.


Le principe à retenir est simple : tous les problèmes Finance ne sont pas des problèmes d’IA. Et tous les problèmes d’IA ne nécessitent pas la même IA.


Comment identifier un bon cas d’usage IA en Finance ?


La question du DAF pourrait donc devenir : « Où avons-nous suffisamment de friction, de coût, de délai ou de risque pour justifier une transformation ? »


Prenons le forecast.

Dire « nous voulons utiliser l’IA pour améliorer nos forecasts » ne définit pas encore un problème.

Passer plusieurs semaines à consolider les hypothèses, présenter un forecast déjà partiellement obsolète ou mobiliser les contrôleurs davantage sur la collecte que sur l’analyse, en revanche, sont des problèmes concrets.

Ils permettent surtout de fixer un résultat attendu : réduire le cycle de forecast, augmenter sa fréquence, diminuer les interventions manuelles ou détecter plus rapidement les écarts.


À partir de là vient la question technologique : quelle combinaison de processus, données, automatisation, logiciel ou IA permettra d’obtenir ce résultat ?


C’est aussi la logique que nous défendons chez Buddl : la transformation d’un processus Finance ne devrait pas commencer par le choix d’une technologie, mais par l’identification des frictions qui mobilisent inutilement les équipes ou limitent leur capacité d’analyse.

Le diagnostic permet ensuite de choisir la réponse la plus pertinente : simplifier le processus, mieux connecter les outils, automatiser certaines tâches ou, lorsque le cas le justifie, introduire de l’IA.

L’objectif n’est pas de mettre davantage de technologie dans la direction financière. Il est de construire une fonction Finance plus efficace et davantage tournée vers l’analyse et la décision.


Comment prioriser les cas d’usage IA en direction financière ?


Tous les problèmes ne méritent pas un projet d’IA. Pour prioriser les cas d’usage, quatre questions permettent de revenir à l’essentiel :


Quel est le problème actuel ? Que se passe-t-il aujourd’hui et pourquoi ?


Quelle valeur peut-on créer en le résolvant ? Temps gagné, réduction du risque, amélioration de la qualité, accélération du reporting ou du forecast… Le bénéfice attendu doit pouvoir être identifié et, autant que possible, mesuré.


L’IA est-elle réellement la meilleure réponse ? Une automatisation simple, une meilleure intégration des outils ou une évolution du processus peuvent parfois produire davantage de valeur, plus rapidement.


L’organisation est-elle prête ? La qualité des données, la maturité des processus, les contrôles et les compétences des équipes conditionnent directement la réussite du projet.

Ce dernier point est particulièrement important en Finance. Une solution qui accélère fortement un processus mais impose de vérifier manuellement chacune de ses productions peut créer moins de valeur qu’anticipé. De même, un copilote FP&A n’apporte réellement de valeur que si les équipes savent quand s’appuyer sur ses réponses et quand les challenger.


Parfois, le bon diagnostic conduit donc à une conclusion parfaitement rationnelle : nous ne sommes pas encore prêts pour l’IA sur ce processus et inversement. Parfois, une automatisation simple qui supprime durablement une tâche répétitive aura davantage d’impact qu’un projet d’IA plus ambitieux. L’innovation la plus visible n’est pas nécessairement celle qui crée le plus de valeur.


La bonne question n’est peut-être plus « où mettre de l’IA ? »


Le nombre de copilotes ou d’agents déployés ne mesure pas la transformation d’une direction financière.

Temps de clôture réduit. Forecast plus fréquent. Meilleure détection des anomalies. Moins de tâches manuelles. Analyses disponibles plus rapidement. Contrôleurs de gestion davantage concentrés sur le business partnering. Ce sont ces résultats qu’il faut mesurer.


Comme le souligne Gartner, les organisations qui réussissent avec l’IA ne sont pas nécessairement les plus avancées technologiquement ou les mieux financées. Elles se distinguent surtout par une démarche structurée et disciplinée, qui relie leurs initiatives IA à des résultats business clairement identifiés. Autrement dit, la valeur de l’IA se mesure moins à son niveau d’adoption qu’aux problèmes qu’elle permet réellement de résoudre.

La question n’est donc peut-être plus : « Où pouvons-nous mettre de l’IA ? »

Mais : « Quel problème voulons-nous résoudre, quelle valeur voulons-nous créer et quelle est la meilleure manière d’y parvenir ? »


La réponse sera parfois l’IA. Parfois une automatisation. Parfois un nouvel outil.

Et, assez souvent, simplement un meilleur processus.


Stéphanie Marie,

Ex financière et CEO Buddl


Avec plus de 10 ans d’expérience en tant qu'auditrice financière et responsable du contrôle de gestion en grand groupe et start-up, Stéphanie a développé une connaissance poussée du monde de la finance. Passionnée par la simplification des enjeux financiers et par l'innovation, elle est aujourd'hui à la tête de la société Buddl, la plateforme collaborative de planification financière accessible à tous.




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